Confessions

Pardonnez-moi mon Père parce que j’ai péché. J’ai péché en pensée, en parole, par action et même par omission.

J’aime un homme. Oh, j’ai dit cela ! Aimer est un bien grand mot. Mais je le confesse quand même. Avec vous je peux ne pas avoir peur. J’aime. J’aime mon Père. C’est bien de cela qu’il s’agit. Seul l’amour, seule une étincelle d’amour –aussi petite soit elle- pourrait être la cause de ce feu qui risque de me consumer. De nous consumer.

Ah, si je vous disais mon Père ! La première fois que je l’ai vu, je m’en rappelle encore. Il paraissait gentil, discret, attentionné. Il m’a offert son aide sans que je n’aie à demander. J’ai senti que je lui faisais de l’effet. C’était prétentieux de ma part, je sais, mais il a été correct. Il ne m’a pas demandé mon numéro. Chez lui, aucun signe de vouloir chercher à me revoir n’a transparu. Son attitude m’a parue curieuse.

Je suis partie sans un regard en arrière. Avec un goût d’infini dans la bouche. Etais-je partie trop tôt? Si j’étais restée, serait-il tombé dans le même panneau que les autres? J’aime bien ces manières de gentlemen que l’on garde encore. Je suis un peu vieux jeu, je sais.

Puis je l’ai revu. Encore par hasard. Je ne m’y attendais pas. Cette fois, j’ai senti un peu plus d’intérêt dans son regard. On a échangé nos numéros. Rien que pour discuter. Discuter affaires nous sommes-nous dit. Je n’avais aucune intention en tête. Aucune je le jure! L’on ne devrait faire que cela. Nous avions chacun nos vies bien rangées. Et donc, je ne devais rien craindre.

On s’est parlé. Une fois, deux fois, et…  Il avait de la conversation. Les habitudes se sont vite installées. J’ai  toujours eu envie d’avoir un ami. Cela faisait longtemps que j’essayais d’en avoir. J’avais fini par ne plus y croire. Plus je lui parlais, plus j’en avais envie. Petit à petit je me suis attachée à lui. J’ai aimé ce que j’ai ressenti.

On s’est dit des mots qu’il ne fallait pas. Petit à petit, on a laissé les rails de l’amitié. Il a réveillé, en moi, cet instinct de prédatrice qui sommeillait depuis longtemps. Il m’a insufflé des désirs  peu catholiques. Depuis il est dans ma tête. Il m’accompagne partout où je suis. Il est devenu mon péché. Mon occasion de chute. Je me sens si coupable…

Si vous saviez mon Père, dans mes rêves, il me fait ce que seuls doivent faire les gens qui s’aiment. Les fantasmes m’accablent. Oui, par moment je sens le poids de son corps sur le mien. J’imagine son regard. Je me fais mille et une pensées. Me regardera-t-il avec amour et passion ? Ou avec la fierté et l’orgueil de celui qui a conquis une citadelle qui paraissait invincible ? Aurai-je mal ? Sera-t-il sensible, attentionné à mes moindres gestes ? Me parlera-t-il ? Me dira-t-il tous ses mots que l’on ne dit que par amour ? Be nice to me. Be good to me. Lui demanderais-je cela ? J’ai toujours été obsédée par les premières fois. J’ai toujours rêvé pouvoir dire à quelqu’un que c’est ma première fois. Parce que là vraiment c’en serait une. La première fois que je me laisserais découvrir. La première fois que je braverais autant d’interdits. La première fois que je mettrais ma vertu entre parenthèses. Parce que la jeune femme chaste et prude s’est envolée comme par magie.

Comme un fervent croyant invoque les esprits, mon âme l’appelle dans mes moments les plus intimes. Et d’un coup monte en moi une bouffée de plaisir.  Autant il est absent à mes côtés, autant il est présent dans mes pensées. On se fait toutes ces choses libertines auxquelles on n’a pas droit. Peut-être est-ce moi qui les lui fais faire. Parce que mine de rien j’ai comme une envie de me dépouiller de mon innocence. De me faire audacieuse. J’ai envie de laisser glisser mes mains sur son corps, de laisser mes doigts flatter ses trésors. J’ai envie de voir la surprise se dessiner sur son visage. Parfois, je l’imagine me prendre avec fracas. Un peu comme pour s’exorciser de s’être laissé prendre dans mes filets. Je me vois pantelante, terrassée par un désir fulgurant fruits de ses caresses expertes. J’ai aussi envie de me soumettre, de me voir à genoux faisant allégeance à son mât. Je veux aussi le prendre, l’éperonner, le chevaucher à un rythme endiablé. Entendre ses rugissements de mâle, voir la sueur dégouliner sur son corps. Je veux le réduire à néant, le faire jouir violemment. Et je veux entendre ce bruit rauque monter de sa gorge. Ce bruit qui me dicte que comme moi il se sent perdu, emporté dans un tourbillon de sensation et de désir où la raison n’a plus sa place.

Oh Lord !!! Pardonnez-moi ô père, je ne sais plus ce que je fais. Ni ce que je dis. Quand j’écoute ce que j’ai envie de lui faire, mon souffle s’accélère. Si je m’écoute, si je l’écoute on se perdra. Petit à petit je deviens cette salope que je ne dois pas être. Lentement mais surement.

A continuer ….

 

 

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